jeudi 2 juillet 2015

L’ÉTRANGE HISTOIRE DE CHEIKH AHMAD IBN BUDDI ET DE SERIGNE TOUBA...



Ce récit particulièrement prodigieux fait partie des témoignages recueillis par le Cheikh Mouhamadou Lamine Diop Dagana (m. 1967), ancien imam de la mosquée de Diourbel, scribe et disciple de Cheikh Ahmadou Bamba ayant eu à vivre près de lui et dont la Crainte Révérencielle et la Piété sont restées légendaires. Son œuvre d'historien et de chroniqueur de la vie du Serviteur du Prophète consista, en plus des événements auxquels il a eu à assister personnellement, en des enquêtes de terrain auprès des principaux témoins des faits relatés. Ces événements-ci, repris de son ouvrage maître Irwâ'u Nadîm (L'Abreuvement du Commensal) se sont passés lors du second exil de Cheikh Ahmadou Bamba en Mauritanie (1903-1907)…
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« Les Halawi affirment qu'ils n'ont jamais su la raison pour laquelle Cheikh Ahmadou Bamba avait baptisé leur point d'eau "Birru-I-Qayr" (Puits des Bienfaits). Etant donné qu'il n'en existait pas ailleurs sous cette appellation et que l'on n'entendit jamais parler d'un puits portant un tel nom, même chez les Anciens. Ceci, jusqu'au jour où le Cheikh Ahmad ibn Buddi fut inhumé exactement prés dudit point d'eau… Ils surent alors le secret de cette dénomination et se rendirent en même temps compte de la force de pénétration mystique (Kashf) de Cheikh A. Bamba.
Au sujet de ce Cheikh Ahmad ibn Buddi, le Serviteur du Prophète a dit et écrit maintes choses [que nous allons ici vous dévoiler].
(…) Mon ami et frère Cheikh Ibrahima Amar, plus connu sous le nom de Ibra Dior, m'a relaté l'histoire suivante : « Cheikh Ahmadou Bamba m'envoya un jour, de Sarsara (ou de Tintou Mouhzin, je ne me souviens plus), pour aller à Saint-Louis lui acheter un livre intitulé Mawâhibou Ladouniya (Les Dons Provenant [de DIEU]), composé par l'imam Khastalâni. Je me rendis dans cette ville et y éprouvai toutes les peines du monde sans toutefois arriver à mettre la main sur ledit ouvrage. Je dus finalement me résoudre, infiniment abattu, à rebrousser chemin [et à rentrer en Mauritanie].
Arrivé à la hauteur de la localité où résidait Cheikh Ahmad ibn Buddi, une de mes veilles connaissances, je pensai faire un détour chez lui, histoire de le saluer et de lui rendre une petite visite. Lorsque j'arrivai dans sa concession, il manifesta une grande joie et m'accueillit à bras ouverts. Quand je me fus reposé en un lieu [qu'il m'aménagea], nous entrâmes en une conversation au cours de laquelle il s'enquit de l'objet de mon voyage ; ce à quoi je lui révélai que le Cheikh m'avait envoyé à Saint-Louis et ainsi de suite… Je lui appris également mon affliction de ne pas trouver l'objet de ma quête. Alors, incontinent, le Cheikh [Ahmad ibn Buddi] se leva et se mit à fureter parmi ses livres jusqu'à en retirer deux tomes qu'il me tendit en disant : « Dis au Cheikh que ceci est un don de ma part, pour la Face de DIEU ». J'en conçus une joie extraordinaire et le Cheikh [à qui je remis plus tard le présent] en éprouva une plus grande encore ; satisfaction aussi bien pour le livre que pour l'auteur du don…» [Ceci constitua le prélude des liens qui allaient sans tarder se nouer entre le Serviteur du Prophète et le Cheikh Ahmad ibn Buddi]…
(…) Al Hâj Muhammad ibn 'Aba, appelé aussi du nom de [son père] Cheikh Ahmad ibn Buddi, m'a raconté que son père [qui appartenait à la Tidjannia], avait un jour écrit (ou s'était adressé de vive voix) au Cheikh [Ahmadou Bamba] pour lui demander de transmettre ses salutations au Messager de DIEU (Paix et Salut sur Lui) et à Cheikh Ahmad Tidjânî (Que DIEU TRES-HAUT soit Satisfait de lui) et qu'il espérait recevoir les leurs en retour… Le Cheikh lui écrivit alors, en retour, que le Messager de DIEU (sur Lui la Paix et le Salut) lui rendait ses salutations, de même que Cheikh Ahmad Tidjânî…
(…) Cette ode [du Serviteur du Prophète] figurant ci-dessous constitue à la fois une réponse à la lettre envoyée par Cheikh Ahmad ibn Buddi et son neveu, mais aussi une répartie indirecte à ceux qui s'interrogeaient sur la question théologique « Est-il possible que l'Archange Gabriel revienne [en Messager auprès d'un humain] après le Prophète Muhammad (Paix et Salut sur Lui) ? »
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Au Nom de DIEU, le CLÉMENT, le MISÉRICORDIEUX.
[Récitation de la Salâtul Fatiha…]
[Cette ode a pour objet] de faire savoir à Cheikh Ahmad ibn Buddi, à Muhammad Hafîz, et, en dehors d'eux, à tous les Halawi, hommes et femmes, et, par-delà ceux-ci, à tous les musulmans et musulmanes :
- Que le Prophète de DIEU (sur Lui la Paix et la Bénédiction de DIEU TRES-HAUT, ainsi que sur sa Famille et sur ses Compagnons) rend son salut à Cheikh Ahmad ibn Buddi ;
- Que Cheikh Ahmad Tidjânî (que DIEU TRES-HAUT Soit Satisfait de lui) lui rend également son salut ;
- Que le Prophète de DIEU (sur Lui la Paix et la Bénédiction de DIEU TRES-HAUT, ainsi que sur sa Famille et sur ses Compagnons) honore Cheikh Ahmad ibn Buddi d'une estime pareille à celle qu'il réserve à un frère de sang ;
- Que Cheikh Ahmad ibn Buddi bénéficie désormais de l'Agrément de DIEU TRES-HAUT qui le préservera, durant toute son existence, de toute source de terreur ou d'affliction et qui lui assurera, après sa mort, la Miséricorde Divine ;
- Que Cheikh Ahmad Tidjânî (que DIEU, TRES-HAUT Soit Satisfait de lui et l'élève plus près de Lui) le considère tel son propre fils, de telle sorte que quiconque ayant reçu le Wird Tidjane de ces deux Cheikh [Ahmad ibn Buddi et Muhammad Hafîz] (Que DIEU,TRES-HAUT Soit Satisfait d'eux, leur assure la Sécurité de même que Sa Miséricorde), puis s'en détourne par esprit de négation, pour se diriger vers quelque autre Maître Spirituel, celui-là causera sa perte ici-bas et dans l'Au-delà (Puisse DIEU nous préserver de cela). Par contre quiconque ayant reçu ce Wird de l'un d'entre eux et le pratique, celui-là acquerra le profit ici-bas et, s'il meurt dans cette situation, celui de l'Au-delà.
Ceci, afin que quiconque aura jeté un œil sur ces mots sache qu'ils furent retranscrits de la bouche même de Cheikh Ahmad Tidjânî (que DIEU, le TRES-HAUT, Soit Satisfait de Lui) qui les a transmis au [Serviteur du Prophète] l'auteur des vers que voici …
- Une Salutation, Excellente et au-dessus de tout autre salut source d'harmonie, a été rendue…
- Salutation transmise par [Ahmadou Bamba] le captif de son SEIGNEUR, le Serviteur de l'Elu, à [Ahmad ibn Buddi] qui obtint l’Élévation
-Ô toi Auguste Cheikh ! Tu es désormais préservé de tout mal
- Toi, ainsi que tous ceux qui suivent tes traces, êtes sécurisés, d'ici jusqu'à votre entrée au paradis, de toute privation de bien
- Le SEIGNEUR SUBSISTANT t'a accordé la Sécurité contre l'ensemble des maux, par la Grâce du [Prophète] Choisi Par Excellence, le Détenteur de l’Étendard,
- Et par celle de ton Maître, l'Agréé [Ahmad] Tidjâni, celui-là qui, parmi les Nobles [Hommes de DIEU], paraît avec l'éclat du corail
- Paix et Salut soient sur la Meilleure Créature de DIEU, [le Prophète] à qui IL a Accordé Eminence et confié Ses Versets
- Que l'Agrément, source d'harmonie, du SEIGNEUR ETERNEL soit ensuite accordé à [Ahmad ibn Buddi], ce Saint dont l'imitation est élevée…
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« (…) Mon informateur [Al Hâj Muhammad ibn 'Aba] m'a rapporté : « La nouvelle [contenue dans cette ode] mit mon père dans un inexprimable état de transe tel qu'il ne cessa, à partir de cet instant, de hocher la tête, frappé par [un tel prodige] qui déroutait son esprit. Et il ne cessa de se conduire de cette façon étrange jusqu'à ce qu'il rendit l'âme
[Il faut préciser que] notre concession se trouvait à une longue distance du lieu de résidence de Cheikh A. Bamba et que nous n'avions encore mis personne au courant de la nouvelle du décès, qui eut lieu au cours de la nuit. Et [mieux] certains [habitants de la maison] n'apprirent la chose que lorsque survinrent, tôt le matin… des messagers du Cheikh ! Ils nous dirent qu'ils avaient été envoyés par le Cheikh pour qu'ils puissent assister à l'inhumation de notre père et présenter ses condoléances aux siens !!! »
[Cheikh Ahmadou Bamba] écrivit par la suite un autre poème démontrant la Place de Choix qu'occupait ce Cheikh [Ahmad ibn Buddi] auprès du Prophète (PSL), éminence qui lui valut cet honneur insigne [provenant du Messager (PSL)]. Il disait dans ce poème [qui démontre comment il fut informé de la nouvelle du retour à Dieu de Ahmad ibn Buddi bien qui que ce soit d'autre] :
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Ceci est la Rétribution accordée à l'honorable Ahmad ibn Buddi et à son Calife…
Au nom de DIEU, le CLÉMENT, le MISÉRICORDIEUX.
Puisse DIEU accorder Son Salut à notre Seigneur et Maître Muhammad, à sa Famille et à ses Compagnons, et puisse-t-IL leur assurer la Paix…
Il est descendu des cieux, la nuit du décès de l'honorable Ahmad ibn Buddi, l'Esprit Saint [l'Archange Gabriel] (sur lui la Paix) accompagné d'un grand nombre d'Anges, afin de rendre hommage à l'éminent Ahmad ibn Buddi pour sa bonne opinion envers l'Esclave de DIEU et Serviteur du Prophète [que je suis]. Ainsi DIEU, le PRE-ETERNEL, le SUBSISTANT, ne manqua-t-Il pas de l'honorer ; et [les Anges] ne s'en retournèrent en cette nuit vers le ciel qu'en ramenant son âme en parfait état d'apaisement. Cette Faveur procède d'une promesse qui lui fut faite et d'autres [Privilèges] dont le Serviteur [du Prophète] va, ici, donner un aperçu :
- Est venu l'Esprit Saint (c'est vraiment Lui qui apporte consolation !) en compagnie d'une Troupe Sublime lorsqu'il fallut à Ahmad [ibn Buddi] s'en aller
- Ahmad a reçu auprès de DIEU ce qu'il escomptait et eut à contempler, de façon manifeste, les Bienfaits provenant de la Porte [de la Miséricorde] qui, jamais, ne se ferme
- DIEU a récompensé celui qui offrit un présent au Serviteur [du Prophète] envers qui DIEU s'est montré GÉNÉREUX de Ses Bienfaits - c'est assurément le SEIGNEUR Qui fructifie !
- C'est de DIEU, le PROPRIÉTAIRE du Trône, que j'escompte la faveur de faire largesse de Ses Dons*** à [Ahmad], l'auteur du cadeau, qui fait désormais partie des Bienheureux couronnés [du Paradis]
- Et il est, certes, devenu pleinement évident pour lui, dans l'Au-delà où il se trouve, que je suis le Serviteur Incontestable du [Prophète Muhammad] Investi de la Primauté et de la Précellence, le Détenteur du Diadème…
- Est ainsi parti [Ahmad ibn Buddi], Seigneur des Nobles, celui-là qui reçut la Prééminence, grâce à celle de [Cheikh Ahmad Tidjânî], Guide dont le Wird restera à tout jamais une voie [vers le Salut]
- Que soit sur ce Seigneur des Nobles l'Agrément de [Cheikh Ahmad Tidjânî] et celui de la Meilleure Créature, le Magnifique [Prophète]
- Je prie aussi DIEU de Satisfaire les desseins de son calife [le successeur de Ahmad ibn Buddi] par l'entremise du [Prophète] aux Lumières Eclatantes
- Sur Lui la Paix du SEIGNEUR Qui l'a guidé par Sa Grâce et l'a Elevé, lors de sonVoyage Nocturne(Isrâ), vers des Degrés Sublimes…
Que la Paix, la Miséricorde et la Bénédiction de DIEU soient sur vous…"
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Note :
*** « faire largesse de Ses DONS... » Pour Serigne M. Lamine Diop, ces « Dons » renvoient au livre offert en cadeau au Cheikh et intitulé Mawâhibou Ladouniya (Les DONS Provenant de [DIEU]). Ainsi cet ouvrage au titre prémonitoire ne fut que le motif apparent de réalités mystiques plus profondes, à savoir la Consécration qui était réservée à cet homme de bien par la Grâce de Khadimou Rassoul. Dons qui générèrent les « Bienfaits » à la base de l’appellation donnée de façon prémonitoire par le Cheikh au puits (Birrul Qayr) près duquel fut plus tard inhumé Cheikh Ahmad ibn Buddi. Comme quoi, les DONS procurent les BIENFAITS…

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Il nous a semblé également intéressant de noter, en sus du récit ci-dessus de S. M. Lamine DIOP Dagana, que la tribu des Halawi et le nom de Cheikh Ahmad ibn Buddi apparaissent aussi à plusieurs reprises dans l'ouvrage de Cheikh M. MBACKE (Les Bienfaits de l'Eternel), notamment dans ce passage (p.146) où l’auteur décrit l'attachement que le Serviteur du Prophète ne manquait jamais de manifester envers ses Frères de religion, quelles que soient leurs obédiences et confréries d’origine..
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"(…) Vous voyez que, après son élévation au service exclusif du Prophète et à l'instruction directe auprès de Lui (PSL), Cheikh A. Bamba traitait ses [précédents] maîtres tous sur un même pied d'égalité. Il les a tous remerciés et loués, car chacun eut le mérite de lui avoir servi d'exemple dans le passé.
Ce qui prouve sa reconnaissance envers eux, c'est le respect dont il les entourait ainsi que leurs compagnons depuis le début jusqu'à la fin de ses rapports avec eux. Il n'y a point parmi nous personne qui ne l'ait vu offrir des cadeaux généreux aux envoyés des QADR, vénérer et prodiguer des présents magnifiques aux cheikhs SHADHILITES, comme les Ali Ahmad, Ali Muttâl et les autres. De même les TIDJANES maintenaient de bonnes relations avec lui, et il les honorait avec excès et vénérait leurs cheikhs, comme les cheikhs Halawi qui venaient souvent lui rendre visite et qu'il couvrait de ses dons, de sorte que sa renommée se répandit aussi bien parmi leurs jeunes que parmi leurs adultes et leurs cahiers furent remplis de beaux poèmes de leurs poètes dédiés à lui.
J'ai également vu leurs confrères noirs [TIDJANES] venir lui rendre visite et résider chez lui. Il les entourait alors d'hospitalité et leur préparait des locaux propres où ils accomplissaient leurs Wazîfa (séances publiques de Dhikr et de prières sur le Prophète (PSL)). Il se conduisait de même avec d’autres cheikhs réputés pour leur piété, qui n'appartenaient pas à ces trois Voies [Qâdriya, Tijâniya, et Shâdhiliya]. Il traduisait sa reconnaissance envers eux dans ses rapports avec leurs fils et revivifiait, dans la mesure du possible, leurs écrits et leurs Dhikr (…) »
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Cet autre passage du même ouvrage (p.88) mentionne, toujours à ce propos, l'épisode d'une des premières rencontres que fit le Cheikh lors de son exil mauritanien, en juin 1903 (Rabi I 1321 H), juste après sa traversée du fleuve Sénégal…
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« Le poète Halawi, l'honorable juriste, le juge, Muhammad Abdoullah ibn Fafa, auteur de célèbres et très beaux poèmes en l'honneur du Cheikh, m'a raconté plus tard qu'il avait rencontré le Cheikh monté sur le chameau de Cheikhna [ibn Dada, mandataire du Cheikh Sidya]. Et que le Cheikh lui avait demandé : « Qui sont les habitants de cette vallée ? ». « Je lui ai alors cité des Cheikhs Halawi, tels que Cheikh Ahmad fils de Cheikh Muhammad-al-Hafîz et Cheikh Ahmad ibn Buddi. Le Cheikh lui répondit alors par ce verset : « Fas'alû Ahl Zikr in kuntum lâ tahlamûna… » (« Interrogez les Gens du Rappel (Ahl Dhikr) si vous ne savez pas ») (Coran 7:21). »
« Quand je suis rentré, poursuit le poète Halawi, j'ai informé les gens de la nouvelle [de cette arrivée] et leur ai affirmé que j'étais sûr qu'il s'agissait du Maître [Noir] dont nous avions entendu conter l'histoire [prodigieuse]. Quand ils ont vérifié la nouvelle, ils m'ont interrogé sur ce qu'il m'avait dit et j'ai répondu qu'il m'avait demandé qui habitait ici et je vous ai mentionnés. Il a alors ajouté : « Interrogez les Gens du Rappel si vous ne savez pas ». Ils se sont alors exclamés : « Louange à DIEU ! Puisqu'il considère que nous faisons partie des Gens du Rappel… » »

mardi 30 juin 2015

SERIGNE TOUBA FACE AUX WAHHABITES… [Par A. Aziz Mbacké Majalis]


Ces quatre documents inédits consistent en une série de correspondances entre Cheikh Ahmadou Bamba et les dignitaires de la ville de Médine. Lettres dans lesquelles ces derniers sollicitaient son assistance en 1922, lors de l'attaque de la ville du Prophète (PSL) par les armées wahhabites. C'est-à-dire les pères fondateurs du régime politico-idéologique qui sollicite actuellement l’aide du Sénégal pour sa croisade contre le Yémen... 

Une troublante coïncidence est que l'une des causes de la demande d'aide de l'Imam Kourdiyou de Médine à Cheikh A. Bamba fut la « protection d'un Lieu saint de l’Islam ». A savoir le tombeau du Prophète (PSL) dont les Ikhwân, coalisés des Wahhabites, voulaient la destruction. Ceci, après avoir détruit les mausolées des Compagnons du Prophète et ceux de sa sainte famille, tout en persécutant ses descendants etc. Cruelle ironie de l'histoire, n'est-ce pas ? Le régime wahhabite actuel, qui sollicite l'assistance militaire de notre pays pour (soi-disant) « protéger les Lieux Saints » de la menace chiite (obédience leur étant opposée), est le même qui menaçait dans le passé de détruire l'un de ces Lieux saints même, notamment le tombeau de Seydina Muhammad (PSL)…

L’étude de la lettre de requête de l’Imam de Médine, celle des deux poèmes de réponse qui leur fut adressés en retour par Cheikh A. Bamba et celle de l’émouvante ode de remerciement de l’Imam, démontrent que l’option spirituelle du « Jihad non-violent », par les seules « armes » de la science, de la piété, et de la prière (recommandée par le Prophète), que Serigne Touba a depuis toujours choisie, même dans les plus durs moments de sa confrontation avec les colonisateurs, fut préconisée par le Saint homme à ses frères musulmans en de telles circonstances. Une leçon à méditer par nos gouvernants qui préfèrent apparemment les armes de la guerre à celles de la spiritualité et de la conciliation pacifique entre musulmans comme nous y enjoint Serigne Touba...

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DOCUMENT 1

LETTRE DE L’IMAM KOURDIYOU DE MEDINE

Mois de Rabi Thânî de l'an 1343 de l'Hégire

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Puisse Dieu accorder la Paix et le Salut à notre Maître Muhammad, à sa Famille et à ses Compagnons

Cette présente missive émane des habitants de la ville de Madinnatu-l-Munawwar (la Cité Illuminée) : des Nobles Ashrâf [1], des Imams, des Muezzins, des Aghawât [2] et de tous les serviteurs de l'Enceinte Sacrée (Hurûm) du [Prophète] Choisi Par Excellence - puisse Dieu lui accorder la Paix et le Salut.

Elle est adressée au plus éminent Maître, au Chef de la Qadriya et de toutes les autres Voies menant vers Dieu et vers Son Prophète, au Guide Spirituel des Aspirants au Droit Chemin et à la Sainte Législation (Sharia') du Plus Excellent des Messagers ; nommément notre Maître Cheikh Ahmadou Bamba.

Que la Paix, la Miséricorde et la Bénédiction de Dieu soient sur vous.

Nous nous adressons à votre bienveillance pour vous informer que les Wahhabites [3] s'approchent de Madinnatu-l-Munawwarah et que nous sommes, en ces instants mêmes, dans une terrible angoisse. Aussi avons-nous décidé d'envoyer des émissaires, à travers le monde entier, vers toute personne capable de faire accéder spirituellement à Dieu, aux fins de solliciter des prières en notre faveur. Nous faisons, par conséquent, appel à vous, comptant sur les vertus charismatiques de vos prières afin que Dieu nous délivre des périls qui nous guettent.

Nous nous sommes décidés à entamer cette démarche conformément à la Parole de Dieu enjoignant : « Ô vous qui croyez ! Craignez Dieu et cherchez un Wasila (moyen d'accès) auprès de Lui » (5:38). Et également à cause de cette Tradition Prophétique (hadith) tenue de Abu Mûsa et rapportée par les deux Chefs [4] d'après laquelle « un croyant se doit d'être envers un autre croyant tels les briques d'un même édifice ». Pleinement convaincus que vous n'irez point à l'encontre de ce hadith, puisse la Paix, la Miséricorde et la Bénédiction de Dieu soient sur vous.

SIGNATAIRES DE LA LETTRE:
- Khalil Agha, Prédicateur
- Abdallah Jamal, Prédicateur, Chef des Aghawatu-l-Layl
- L'autorité religieuse des Nobles (Ashrâf)
- Arif Barri, Prédicateur, Doyen des prêcheurs.
- Mohammed ben Hamid Saman, Prédicateur, Doyen des Muezzins
- As ad Barri, Prédicateur, Doyen de l'équipe préposée à l'entretien des tapis de prière
- Ar-Ra'is Abdul Malick Khuj, Prédicateur, Muezzin de la Sainte Mosquée
- Ibrahim Khas Qaji, Prédicateur

L'émissaire de notre missive se prénomme Hamid Saman, fils de Cheikh Muhammad Saman, Muezzin de la Mosquée du Prophète.

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DOCUMENT 2

RÉPONSES DE CHEIKH A. BAMBA A L’IMAM DE MEDINE

Nous avons pu retrouver, adjointes à certaines éditions imprimées du Noûrou Dârayni (La Lumière des Deux Demeures), les deux poèmes que Cheikh A. Bamba composa à l'intention de ses solliciteurs médinois. Poèmes (dont celui-ci de 13 vers) qui furent, selon la tradition, remis à leur émissaire avec ordre de transmettre à ses mandants. A travers certaines formulations du Cheikh, l’on perçoit non seulement sa parfaite compréhension de la situation politique et de la nature des menaces (dont celles se fondant sur le dogme littéraliste wahhabite et sur les dissensions inter-musulmanes), mais aussi son assurance spirituelle que rien au monde ne saurait entamer la dignité et le Haut Rang de son Maître, le Prophète Muhammad, car garantis par le Seigneur en personne…

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Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.

Ô Seigneur ! En vertu de Ta Face Honorable et par un effet de Ta Sublime Toute-Puissance, daigne accorder, de ma part, la Paix, le Salut et la Bénédiction à la Noble Quintessence de notre Maître Muhammad, élue d'entre toutes les essences, à son Entité corporelle parmi tous les corps, à son Cœur parmi tous les cœurs, à son MAUSOLÉE parmi tous les tombeaux. 

Paix, Salut et Bénédiction par la grâce desquels Tu gratifieras également Ton Agrément à notre Maître Abû Bakr Siddîq (Dieu Très-Haut soit Satisfait de lui), à notre Maître 'Umar ibn Khatâb (DSSL), à notre Maître 'Uthmân ibn 'Afân (DSSL), à notre Maître 'Alî ibn Abî Tâlib (puisse Dieu Très-Haut être Satisfait de lui et honorer sa face) et à l'ensemble des Compagnons du Prophète en général et aux Gens de Badr en particulier.

Par la grâce de ces Saluts, puisses-Tu aussi Te complaire de l'ensemble de Tes Vertueux Saints et de tous les Pieux 'Ulémas de l'Islam puis consentir à exaucer la dévotion de l'auteur de ces mots que voici. 

Ainsi soit-il, Ô SEIGNEUR des Mondes !

- Au Prophète-Envoyé qui nous advint avec la Bonne Guidée et qui, s'étant bien dirigé grâce au Livre qu'il apporta, guida [les Musulmans] vers le Droit Chemin 

- …S'adresse la Plus Excellente des Salutations, dépouillée de toute altération ou équivoque, émanant du Serviteur du Prophète, Celui-là dont le voisinage est affranchi des impies 

- Aux membres de sa Noble Famille et à l'ensemble de ses Compagnons, j'adresse également un Salut pérennisant Sécurité et Prospérité

- Ô Maître ! Ô Messager de Dieu ! Ô Objet de mes aspirations ! Puisse t'être gratifiée la Paix du Seigneur qui se charge d'appréhender tout impudent adversaire [de l'Islam] 

- Ô toi le Sélectionné ! Ô Imam de l'ensemble des Messagers ! Puisse t'être accordé le Salut du Seigneur qui, par ta grâce, purifie quiconque réside avec toi

- Que la Paix et le Salut te soient assurés indéfiniment par le Seigneur qui ne fut nullement enfanté et qui point n'a engendré

- Puissent la Paix et le Salut de l'Eternel qui n'a point d'associé être répandus sur ta Personne et sur les Tiens, ô toi qui annihila l'erreur ! 

- Puisses-tu recevoir la Paix et le Salut du Seigneur Subsistant qui ne connaît point de fin, au même titre que tes Compagnons, ô toi qui mène vers la Droiture !

- Ô Gens de Médine ! Daignez recevoir de ma part une Excellente Salutation apaisant aussi bien l'âme que le corps 

- Sachez que vous ne vous départirez jamais de la Pureté et de l'Honorabilité et que Dieu vous a préservés, dans les Deux Demeures, du danger des ennemis implacables 

- Réjouissez-vous du fait que le [Messager] fils d'Abdallah soit votre Voisin et du fait que vous résidiez dans ses alentours ; rendez-en donc grâce au seigneur Absolu !

- Puisse-t-il [le Prophète] recevoir la Prière du Seigneur qui a écarté à jamais les ennemis loin de sa personne et qui se charge de proscrire les impies de son voisinage 

- Il s'est réjoui de mon existence entièrement dévolue à son Service ; Service intégralement agréé par la Grâce du Seigneur qui mène, à travers lui, vers le Chemin Droit de façon qu'il y dirigea…

Combien Glorieux est ton Seigneur ! Seigneur de la Toute-Puissance, Bien au-dessus de ce qu'ils Lui associent ! Paix sur les Envoyés ! Louange à Dieu, Maître des Mondes !

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DOCUMENT 3

Dans ce second poème de 14 vers (correspondants à l’acrostiche des 14 lettres de « Muhammadu Rassûlu Lâh »), le Cheikh objecte en filigrane, par l’arme de la « science » et de la « persuasion » pacifique, à l'extrémisme wahhabite interprétant de façon littérale l'injonction faite au Prophète (PSL) « Dis: « Je ne suis qu'un humain comme vous » » (Coran 18:110). En effet, l’interprétation littérale de ce type de versets et d’autres erreurs du genre, dues au refus d’intégrer d’autres sources complémentaires de l’Islam, ont mené vers des aberrations telles que le projet fou de démanteler son mausolée, sous prétexte de ne pas accorder une précellence au Prophète (PSL) susceptible de mener les musulmans vers le « shirk » ! Pas de meilleure plaidoirie, sommes-nous tentés de dire, que celle que Khadimou Rassoul, revêtant ici sa robe d’avocat du Prophète (PSL), nous expose à travers ce poème qui rappelle à l’ensemble des créatures la Place Éminente que Seydinâ Muhammad, la Meilleure Créature, occupe auprès de son Seigneur Bien-Aimé…

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Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Ô Seigneur ! Accorde Paix, Salut et Bénédiction à la Noble Quintessence de notre Maître Muhammad élue d’entre toutes les essences, à son Entité corporelle parmi tous les corps, à son Cœur parmi tous les cœurs et à son Mausolée parmi tous les tombeaux ; au même titre qu'à sa Famille et à ses Compagnons.

Paix, Salut et Bénédiction par la grâce desquels Tu sécuriseras les habitants de Madinatu-l-Munawwarah de tout mal ou préjudice à même de les affecter en ce monde-ci comme dans l'Autre. Salut par lequel Tu réjouiras également [l'Envoyé] - Dieu Très-Haut lui accorde Paix et Salut - au moment de la Résurrection, à celui du Désarroi, du Grand Rassemblement, de l'Attente, lors de la Traversée de Sirât, au moment de l'Entrée dans l'Eden et éternellement après celle-ci…

Combien Glorieux est ton Seigneur ! Seigneur de la Toute-Puissance, Bien au-dessus de ce qu'ils Lui associent ! Paix sur les Envoyés ! Louange à Dieu, Maitre des Mondes ! 

[Ce poème est composé en acrostiche à la profession de foi]
"Muhammadu Rassûlu Lâh" (Muhammad est le Messager de Dieu)

- Quiconque conteste que Muhammad fils d’Abdallah soit la Lumière Substantielle des créatures est assurément un inintelligent

- Le Messager de Dieu détient des Faveurs dont n'est Informé que le Seigneur qui s'entretint avec lui de vive voix [lors de l'Ascension]

- Muhammad est Unique, point n'est-il séant d'imaginer son pair ; il surpasse tout le monde et demeure richissime en Dons

- Quiconque pense que le Prophète Choisi est assimilable aux autres créatures est stupide et doté d'un cœur dépourvu de toute lumière

- Le Rang du Prophète Choisi par Excellence est le fondement de ceux des autres Messagers ; car c'est de par le sien qu'on élève les leurs

- Notre cher Prophète Ahmad n’a assurément pas de pareil et un équivalent capable de le suppléer n'existe point [dans l’univers]

- C'est lui notre Maître, notre Guide vers les Paradis ; c'est avec lui que se dessécha la Plume de [Dieu], le Détenteur des Bienfaits

- Dieu l'a préservé de [Satan] le Damné en chassant ce dernier vers d'autres que lui ; obtiendra ainsi le Salut quiconque s'attache fortement à lui

- Le fait qu'il soit le Chef de tous les chefs est assurément notoire et Satan s'est à jamais désespéré de lui porter atteinte

- Le Propriétaire du Trône Sublime jeta à jamais l'opprobre sur [Iblîs] et le chassa ignominieusement lorsqu'il refusa de L'adorer

- Aussi point ne se dirige-t-il en direction du Prophète Elu et Dieu s'engage de même à l'éconduire loin de quiconque s'attache fermement au Prophète

- De la même façon, aucun mal ne se dirigera vers Madinatu-l-Munawwarah car le Seigneur Subsistant qui Façonne [les créatures] l'a placée sous Sa Sauvegarde

- Le Possesseur du Trône a honoré, jusqu'en Son Paradis, le Maître de Médine et se charge Lui-même de veiller sur Sa Religion

- [Dieu], qui fit du Prophète Choisi Par Excellence son Serviteur Privilégié, se chargera de mettre à bas tout ce qu'échafauderont les insensés

Puisse, à jamais, Dieu Très-Haut lui accorder Paix, Salut et Bénédiction [pour l’Eternité]…

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DOCUMENT 4

LETTRE DE REMERCIEMENT DE L’IMAM DE MEDINE

Ceci constitue la dernière correspondance rédigée par Cheikh 'Umar Kurdiyu, l'Imam de Médine, lorsque la situation ayant poussé ses concitoyens à s'adresser au Serviteur du Prophète évolua. Il lui adressa, au nom de l'ensemble de ses coreligionnaires, ce poème émouvant composé, à l'instar de ceux du Cheikh, de 13 vers fort admirables…

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L'auteur de ces vers est le Cheikh 'Umar Kurdiyu, parlant au nom des habitants de la ville de Médine, qui expriment ici leur reconnaissance au Cheikh Ahmadu-l-Khadîm, eux qui, jadis, se plaignaient auprès de lui de leurs infortunes…

- Une Lumière de la Sainteté a jailli, confirmant l'Intangible Vérité, et dont furent favorisés les esprits éclairés

- Contemple [cette auréole] sur la face de l’homme qui dissipa sur la terre d'Afrique les ténèbres de l'ignorance

- Cet Imam-là se prénomme Cheikh Ahmadou [Bamba], celui dont toute l'existence n'est que Louanges et Remerciements au Seigneur

- C'est assurément le Maître de la Haqiqah (ésotérisme), de la Tarîqah (Voie) et de la Droiture qui mène les hommes vers la Vérité et la Foi

- Ô Toi, Lune de la Connaissance Vraie dans les cycles de laquelle on se repaît ! Ô Océan de Ma'rifa (gnose) au perpétuel ressac de Bienfaits ! 

- Ô Serviteur du Prophète Choisi Par Excellence ! - [ce Messager] aux Mystères Indénombrables et Infinis,

- Tes vertus bienfaisantes ont atteint la terre de Taybah (Médine) et ainsi fut-elle revivifiée par tes Dons s'y déversant en sublimes ondées

- Aussi témoigne-t-elle, par ma voix, sa profonde gratitude à votre haute bienveillance imbue des vertus éminentes

- Nous sollicitons également auprès de toi, pour toute notre existence, une honorabilité qui affligera tout ennemi malfaisant

- Car tu demeuras pour nous le Protecteur qui, en dissipant notre objet d'affliction, a réjoui aussi bien les proches que les lointains

- Tourne donc vers nous ton regard béni ; ce regard qui, de façon manifeste ou secrète, protège du malheur

- Aie donc pitié des habitants de Médine ! De cette noble compassion qui ravit l'Envoyé, l'Elu Descendant d'Adnan

- Puisse Dieu lui accorder Son Meilleur Salut et puisse-t-Il également te rétribuer tant que daigneront être les deux sphères …
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Notes

[1] Ashrâf : Il s'agit des Hassanides et des Husseinides, respectivement descendants de Hassan et de Hussein (tous deux fils de Ali et de Fatima) qui ne cessèrent de réclamer le califat. Les trois Imams des trois grands mouvements chiites sont issus de leur dynastie. Ces Alides vivaient à Bagdad au cours du Xème siècle et y disposaient de représentants alors qu'ils étaient juste comptés parmi les Hachimites auparavant. C'est ainsi qu'ils reçurent depuis ce temps le titre de Sharîf (noble) qui, jusqu'à nos jours, continue de s'appliquer aux descendants du Prophète (PSL)

[2] Aghawât : pluriel de Aghâ signifiant ici « Officier Turc ». On sait que, après la conquête de l'Egypte (en 1517), les Ottomans étendirent leur domination sur l'Arabie où les sultans reçurent le titre de « Serviteurs des Deux Saintes Cités ». C'est seulement en 1932 que la dynastie wahhabite des Saoûd réussit à fonder officiellement le Royaume d'Arabie Saoudite en mettant fin à l'occupation turque et britannique.

[3] Wahhâbiyûn : La doctrine wahhabite apparut au milieu du 18ème siècle et tire son nom de Muhammad ibn Abd Wahhab, né dans le Nedj (province de la région centrale de l'Arabie Saoudite actuellement). Lorsqu'il revint de son pèlerinage, il s'érigea à l'encontre de la vénération vouée aux grands Maîtres, constituant un des principes de l'enseignement spirituel dispensé par un cheikh afin de parvenir à Dieu. Il dénigrait véhément, dans ses sermons, les Saints, les présentant comme des hérétiques afin que les Musulmans les rejettent ; il prêchait un retour littéral au texte du Coran, contestant et décriant toute vocation intérieure envers les aspects ésotériques de l'Islam (Taçawwûf ou Soufisme). C’est sa doctrine qu’adoptèrent officiellement ses alliés politiques saoudiens qui entreprirent plus tard, à travers la puissance de leurs pétrodollars, de l’exporter aux quatre coins du monde, avec toutes les conséquences désastreuses vécues aujourd’hui au niveau de l’unité des musulmans et de l’expansion du terrorisme qu'il leur est arrivé de financer.

[4] Bukhari et Muslim, deux célèbres traditionalistes et auteurs des principaux recueils de référence en cette matière qui portent leurs noms (Sahih-Al Bukhari et Sahih Al-Muslim). 

[5] Le Prophète (PSL) a en effet dit : « Le Croyant se doit d'être envers son frère Croyant tel les briques d'un édifice qui se soutiennent » et que « les Croyants doivent entrelacer leurs doigts ». (Al Bukhari)

Un Sénégalais champion de récital de Coran en Iran. Regardez!

lundi 29 juin 2015

BAMBA, BLAISE ET LES SOLDATS…

Ce récit est extrait de l'ouvrage « Minanul Bâqil Qadîm » (Les Bienfaits de l’Eternel), la biographie de Cheikh A. Bamba, écrite par son fils Cheikh M. Bachir Mbacké. Extrait qui nous décrit les rapports distants que le Cheikh s'astreignait de conserver avec Blaise Diagne (1872-1934), le premier député africain des colonies. Il nous renseigne ainsi sur la véritable nature des relations que le Saint homme entretenait avec les détenteurs du pouvoir temporel, même durant la phase dite d’ « accommodation », de même que son aversion naturelle, due à son haut degré d’immersion dans les Réalités Divines, à s’impliquer dans les affaires à caractère profane ou purement mondaine auxquelles les autorités de l’époque aspiraient l’associer. Un texte qui, non seulement, semble réfuter certaines allégations récentes sur le soutien présumé de Serigne Touba à la première guerre mondiale (pour légitimer l’aventure imminente du Sénégal au Yémen), mais qui nous rappelle la dimension profondément spirituelle du Serviteur du Prophète et de son immersion dans des Réalités qui transcendent nos puériles querelles humaines, trop éphémères à ses yeux, au regard des Vérités intangibles et éternelles de Dieu…
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« Je me rappelle qu'un jour, Blaise DIAGNE, le Député du Sénégal à l'Assemblée Nationale Française, chargé par la France, pendant la première guerre mondiale (14-18), de prendre contact avec le Commandant du Cercle de Diourbel pour recruter des soldats sénégalais, se rendit auprès du Cheikh en compagnie de militaires. Au cours de la rencontre, le Cheikh leur proposa de s'adresser aux chefs mourides, ses principaux disciples, pour traiter cette question. Car il n’était pas dans ses habitudes, leur dit-il, d'aborder des questions politiques, ni pour son propre intérêt, ni pour celui d'autrui. Ainsi les agents de l'Etat [français] sortirent-ils de chez lui, tous convaincus de ses propos.
Un homme qui leur servait d'interprète m'a raconté qu’ils se mirent, une fois sortis, à commenter l’attitude du Cheikh. L’un d'entre eux s'exclama : « J'admire l’indifférence de ce Cheikh à l’égard des affaires profanes ! ». Un autre de faire remarquer : « Il n'a même pas daigné lever la tête vers nous durant toute notre rencontre ; son regard était toujours dirigé vers le sol...» Blaise DIAGNE, qui était leur chef, de conclure à leur suite : « Je pense que nous n'avons qu'à aller nous entretenir avec les dignitaires mourides qu'il nous a désignés. Car ce sont eux qui s'occupent des questions profanes ». Quant au Cheikh, il s'était entièrement consacré à Dieu Qui lui suffisait parfaitement en toute chose. Ainsi Blaise DIAGNE et ses compagnons le laissèrent-ils poursuivre tranquillement ses activités dévotionnelles. Par la suite, ils conclurent avec les dignitaires mourides un accord leur permettant de réaliser leur objectif sans difficultés…
Cet événement est l’une des nombreuses illustrations du renoncement du Cheikh au bas-monde, inhérent à son haut degré d’espérance en Dieu (Rajâ). Quant aux indices de son degré de Contemplation de la Majesté Divine (Jalâl), à travers les yeux de la Splendeur Divine (Jamâl), ils sont innombrables. On ne l'a, pour ainsi dire, jamais vu plus détendu et plus radieux que pendant les jours sombres de sa vie ; jours qui furent, du reste, assez nombreux. Du fait notamment des erreurs commises à son égard par les nouveaux administrateurs coloniaux, dues à leur incapacité à comprendre ce trait de la personnalité du Cheikh.
C'est ainsi que certains d'entre eux croyaient que son comportement à leur égard traduisait une haine à leur endroit, alors qu'il relevait plutôt d’un renoncement total au bas-monde et à ses détenteurs. D'autres, quant à eux, pensaient qu'il les méprisait, du fait de ses nombreux partisans et de ses abondants moyens matériels, alors que son attitude révélait l'immersion de son cœur dans des pensées dont la pureté et la sainteté étaient inconciliables avec les détours inhérents à l'entretien des intérêts mondains. D'autres encore s'étonnaient de le voir, par exemple, s'enhardir devant le très respecté Gouverneur général ou envers un Commandant de cercle, alors que son comportement découlait en réalité de sa Contemplation constante de la Majesté du Seigneur. Une Contemplation qui réduisait à ses yeux l'importance de toute autre créature et sujet en dehors de Dieu… » (Extraits des « Bienfaits de l’Eternel »)
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En analysant les rapports entre Cheikh A. Bamba et Blaise Diagne dans notre essai « KHIDMA : La Vision Politique de Cheikh A. Bamba » (Editions Majalis, 2010), nous avions déjà rappelé l’existence d’une version différente de celle communément partagée dans la recherche académique sur la nature de ces rapports. Nous le fîmes en ces termes que semblent aujourd’hui confirmer, à posteriori, la prise en compte de ce nouveau matériau de recherche :
« Il est également connu, d’après les chercheurs, qu’à l’occasion des élections législatives de 1914, Cheikh A. Bamba avait soutenu Blaise Diagne, le futur premier député noir à siéger au Palais Bourbon, connu pour son affiliation à la franc-maçonnerie et leader dans le ralliement des colonies françaises à l’effort de guerre (...)
Il nous semble pour notre part exister une divergence de versions, entre chercheurs mourides et non mourides, sur la réalité de ce soutien électoral de Cheikh A. Bamba à Blaise Diagne. Bien qu’il soit un fait avéré que le célèbre député ait eu, un moment, à entretenir des relations de collaboration avec la communauté mouride (comme lors du procès contre l’entrepreneur français Tallerie, qui avait abusé la communauté mouride dans les travaux de la mosquée de Touba, ou lors de l’exil du Cheikh au Gabon qui y reçut, selon la tradition orale, la visite de Diagne alors engagé au service des douanes etc.).
Selon l’une des versions (défendue par exemple par Serigne Affé Niang, éminent chercheur mouride), il ne peut être démontré nulle part que le Cheikh ait officiellement donné une instruction de vote explicite à ses disciples pour soutenir Blaise. Ceci, même si rien ne semblait être fait au niveau du leadership mouride pour réfuter cette information. S. Affé nous rapporta même une amusante formule de Cheikh A. Bamba qui aurait un jour tracé quelques lignes au sol et lancé à l’assistance qui s’était engagée devant lui dans une forte controverse politique, au temps des élections mouvementées de 1914, pour leur rappeler la futilité de ces polémiques : « Belees melees, faraas furaas » (Ce Blaise, de même que la France, vont bientôt s’éclipser [donc il est inutile de s’engager ainsi dans ce genre de débats]…) (…) Une telle prédiction semble d’autant plus vraisemblable qu’elle est étayée par d’autres du même genre, comme celle où Cheikh A. Bamba annonçait, des décennies avant les indépendances : « Le Seigneur, Béni et Exalté soit-Il, a décrété que l’Etat des colonisateurs (dawlatu nasârâ) sera un jour appelé à quitter leurs mains pour aller vers d’autres mains.» (« Kataba Lâhu Tabâraka wa Tahalâ anna dawlata nasârâ intaqalat min aydihim ilâ aydi ghayrihim ».) (…)
Par ailleurs, contrairement à l’indignation exprimée dans certains blogs anti-mourides, qui, en jouant sciemment sur les amalgames, mettent régulièrement en exergue cet argument pour mieux enfoncer le clou du « clientélisme » coupable des mourides, l’appartenance maçonnique de Blaise Diagne, qui ne fut, en réalité, connue chez nous qu’assez récemment, ne constituait nullement, aux yeux des indigènes, un critère très différent de l’appartenance officielle des autorités coloniales au Christianisme ou même à l’athéisme. La franc-maçonnerie n’étant d’ailleurs, en ce temps, peu ou pas du tout familière à la majorité du peuple sénégalais en général, à fortiori chez les ruraux vivant en dehors des Quatre Communes… » (KHIDMA, p. 98) 

Lettre de Serigne Touba à un Damel du Cayor


Cette lettre inédite fut adressée par Cheikh A. Bamba à un membre de la dynastie aristocratique du Cayor à l'occasion de la disparition de sa mère. Son contenu s'avère, à plusieurs titres, éminemment instructif. En ce sens qu'il constitue une vive interpellation pour tout mortel investi d'un quelconque pouvoir ici-bas et une injonction à tout savant de ne jamais faillir au rappel de la Vérité Intangible, fut-ce aux détenteurs du pouvoir temporel…

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Au Nom de DIEU, le CLÉMENT, le MISÉRICORDIEUX.

« Certes, DIEU est mon MAÎTRE. »

Ô SEIGNEUR ! Accorde la Paix et le Salut à Ton Noble Envoyé.

La Louange soit à DIEU, le VIVANT Qui ne meurt jamais, le PRE-ÉTERNEL dont la Royauté subsiste à toute chose.

Puissent ensuite Ses Bénédictions être répandues sur notre Maître Muhammad, le Dissipateur du doute, sur les Siens, sur ses Compagnons et sur tous ceux qui perpétuent leur œuvre de délivrance…

Ceci dit, reçois de ma part la plus excellente des salutations en même temps que mes condoléances déférentes, à l'occasion du décès de ta mère dont la nouvelle nous est parvenue. Puisse DIEU, le TOUT-PUISSANT, l'ABSOLUTEUR, nous favoriser, ainsi qu'elle, de Sa Miséricorde. Il ne te reste donc désormais qu'à prier pour le repos de son âme et à accomplir des œuvres de bienfaisance en sa faveur pour le restant de ta vie.

Il t'incombe également, à partir d’aujourd’hui, de tourner résolument ton dos aux vains plaisirs de ce bas-monde. Ceci, par un sincère repentir consistant à délaisser toute chose répréhensible au regard de la Shari'a - fut-elle hautement louée par la société - pour te diriger énergiquement vers les choses agréées par la Loi de Dieu - fussent-elles ouvertement condamnées par les gens.

Sache que ce qui a fait disparaître ta mère, de sorte que tu ne puisses plus la voir aujourd'hui, te dérobera très certainement un jour à la vue des tiens. Sache aussi que, pour ce qui est de l'Ange de la Mort, ne peuvent le repousser ni régiments de gardes, ni pléthore de fusils ou de lances…

Rappelle-toi donc des gardes de ton parent Silmakha DIOP et de ceux de ton neveu Samba Laobé ; rappelle-toi leurs cargaisons de fusils. Réussirent-ils le moins à s'interposer entre eux et l'Ange de la Mort lorsque celui-ci leur advint ? Évoque aussi les puissantes armées de tes aïeuls, celles de tes pères et celles de leurs prédécesseurs. [Que sont-elles aujourd'hui devenues ? De quel avantage leur est, en ce jour, ce pouvoir terrestre dans leurs tombes solitaires ?]

Veille donc à renouveler ton repentir, en rendant les biens injustement acquis à leurs ayants droit légaux et en demandant pardon au SEIGNEUR. Si jamais tu disposes de dettes auprès des créatures, prends soin de t'en acquitter car tu ne seras quitte avec elles qu'à la condition de restituer pleinement leurs droits [matériels et moraux]. Pour ce qui regarde, à présent, le beau fixe de tes rapports avec DIEU, il s'acquiert à travers ta sincère quête de Son Pardon et ton réel repentir auprès de LUI. Hâte-toi donc de libérer ton cou du carcan des droits des Musulmans avant que ne t'advienne la Certitude (la mort) !

Sache enfin que ne te seront profitables auprès de ton SEIGNEUR [à l'Au-delà] que les actes exclusivement accomplis en vue de Sa Face Sublime…

Ceci constitue l'Absolue Vérité ne souffrant d’aucune sorte d'objection. Si tu consens à te conformer à ces recommandations, ce sera à ton propre profit. Autrement, tu en assumeras seul les conséquences.

L'auteur de ces recommandations en ta faveur, du nom de Ahmadou [Bamba] ibn Muhammad Mbacké, se considère comme le plus indigent d'entre les indigents des serviteurs qui aspirent à DIEU - son MAÎTRE et SEIGNEUR Qui Se Suffit à LUI-MÊME en dehors de quoi que ce soit d'autre. Puisse DIEU, le TRÈS-HAUT, agir à son endroit à travers Ses Attributs d'Infinie Compassion, LUI le DÉTENTEUR DE L’INDULGENCE… »

dimanche 28 juin 2015

La Vivification du Ramadan par le CHEIKH

Le jeûne du mois de Ramadan est une des recommandations essentielles de DIEU à l’adresse de tous les musulmans. Et c’est par attachement à cette Directive du SEIGNEUR que le Serviteur du Prophète Khâdimu -r- Rasûl a toujours accordé à ce Mois Béni une considération toute particulière.
Ainsi dira-t-il :
"M’a octroyé la Vérité Radieuse (Haqîqatul Munawwarah) CELUI (DIEU) qui m’a accordé la Loi Pure (Sharîcatul Mutahharah) ".
La preuve de cette assertion est que partout où il a eu à séjourner et dans toutes les étapes de son itinéraire, il a été un Revivificateur de la Coutûme Sacrée de l’Elu Muhammad Rasûlallah (Paix et Salut sur Lui).
Incarnant le modèle, il fut toujours un dévot, un adorateur et un pieux qui, au delà de l’observance individuelle de toutes les recommandations Divines, a eu à les inculquer à tous les adeptes qui se sont confiés à lui.
Ainsi, durant tout le mois de shacbân précédant le mois béni de Ramadan, il multipliait les mises en garde contre les activités mondaines ou toutes autres formes de divertissements. Ces prêches sonnaient comme un rappel édifiant devant le mois de bénédiction qui pointait à l’horizon et aussi une façon de préparer les gens à mieux tirer profit de ce mois de dévotion sublime.
Cheikh Mouhamadoul Bachîr MBACKE, l’érudit, le savantissime, l’honorable fils du Grand Maître CHEIKH AHMADOU BAMBA, dans son ouvrage qu’il a consacré à son père et maître spirituel Cheikhoul Khadim intitulé " Les Bienfaits de L’ETERNEL dans la Biographie du Shaykh Al Khadîm (Le Maître Serviteur) ", nous donne le témoignage suivant. Il était très fréquent d’entendre le Cheikh tenir ces paroles :
"Soyez constants dans l’introspection de votre coeur et dans la préservation de vos membres. Car, l’ennemi juré, Satan en l’occurrence, sachant son emprisonnement très proche dès l’apparition du croissant lunaire et ce, pour toute la durée du mois béni, s’empresse résolument à altérer votre foi.
Il essaie de semer dans votre coeur des germes qui, une fois développés annihileront en vous toute force de les éliminer ou de les effacer. Ainsi, votre cœur, entaché, ne serait point en mesure de recevoir les bienfaits en provenance de DIEU.
En effet, les portes des cieux restent ouvertes durant tout le mois béni pour que les prières puissent accéder à DIEU, les voeux exaucés et que les bénédictions puissent se répandre. Préservez-vous donc davantage de l’ennemi car, il guette la moindre négligence de votre coeur pour l’entacher de vices .
Aussi, durant le mois de ramadan, les adeptes qui étaient en formation spirituelle sous ses auspices recevaient de sa part un volume de travail supérieur à celui qu’ils accomplissaient habituellement. A cela, s’ajoutait une multiplication des exercices pieux. Ceci était aussi valable pour l’aréopage qui s’occupait de la lecture quotidienne du Saint Coran à ses cotés.
Tout cela, s’accompagnait de séances d’exhortation qu’il tenait régulièrement pour que les gens évitent de verser dans l’oisiveté et pour leur permettre de bénéficier des grâces liées à la vivification du mois béni de Ramadan.
Dans les moments les plus difficiles qu’il a passés en captivité durant son Exil dans l’ île de Mayumba au Gabon (1895-1902), ses premières années de détention furent marquées par des persécutions des plus atroces. Il fut éloigné de sa famille, de son pays, de ses disciples, dans la solitude totale. Son abandon confiant à DIEU et sa reconnaissance à son Seigneur furent plus que jamais inébranlables.
Malgré sa présence au sein des ennemis qui lui furent les plus hostiles, l’ arrivée du mois de ramadan se manifestait en lui par une très grande réjouissance.
Lorsqu’il apercevait le croissant lunaire, son coeur se remplissait de joie et il accroissait les témoignages de grâce à l’endroit de son Seigneur pour les jours et nuits pleins de bénédiction que renferment le mois de Ramadan, surtout la nuit très singulière dite "Nuit de la détermination" (Laylatul Qadr).

samedi 27 juin 2015

LES SAGESSES DE SERIGNE TOUBA

Ces remarquables maximes sont extraites du MAJMUHA (Recueil des Sagesses de Cheikh A. Bamba) qui rassemble des récits authentiques d'enseignements oraux de Serigne Touba, surtout au cours de son séjour à Diourbel (entre 1912 et 1927)). Ces récits furent fidèlement retranscrits et conservés par ses éminents disciples, comme S. Mouhamadou Lamine Diop Dagana, S. Mukhtar Binta Lo ou Baye Serigne Sylla. Ils furent plus tard compilés dans un recueil par Cheikh A. Ahad Mbacké, le troisième Calife des mourides, à la Bibliothèque de Touba.
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LE SENS DE LA PRIÈRE
Fait partie des effusions spirituelles du Cheikh (Dieu Soit Satisfait de lui) ce récit auquel nous assistâmes personnellement, sans nul intermédiaire, et dans lequel il nous fit le commentaire du célèbre verset : « La prière éloigne de la turpitude et des actions blâmables. »(Coran 29:45)
Le Cheikh commenta ce verset en ces termes : « Lorsque l’orant prononce, au début de sa prière, la formule de sacralisation (Allâhu Akbar ou Takbîr), c’est comme s’il s’adressait à l’ensemble des choses et à la totalité des créatures [en leur proclamant : « Dieu est Plus Grand que vous toutes ! »].
A chaque fois que ce fidèle se penchera pour l’inclinaison rituelle (Ruku’) ou pour la prosternation (Sajd), il lui sera inscrit une rétribution infinie dont nul ne saurait décrire ou quantifier l’importance...
De la même façon que le fidèle, durant la prière, a confiné son corps physique à l’intérieur de la mosquée et circonscrit sa langue dans l’invocation de Dieu, il devra également s’efforcer d’« enfermer » son cœur et son esprit dans la méditation et l’évocation exclusive de Dieu. Sans laisser, durant toute sa prière, son cœur et son esprit s’envoler vers les préoccupations futiles et les ambitions perverties de ce bas-monde.
A chaque fois que ce fidèle dira « Allâhu Akbar » (Dieu est le Plus Grand), entre deux positions de sa prière, c’est comme s’il dépréciait en même temps tout autre que Dieu (Béni et Exalté Soit-Il). [La Majesté et la Grandeur Divines étant supérieures à toute autre chose ou créature. Aussi bien les choses que nous craignons que celles auxquelles nous aspirons].
Ainsi, le fidèle devra-t-il demeurer profondément conscient que l’ensemble des choses (celles qu’il craint comme celles qu’il aime) sont du ressort exclusif de Dieu, qui est leur Créateur, leur Garant, leur Maître et Possesseur. Et « Qu’Il Est parfaitement Capable de toute chose. » (Coran) C’est-à-dire : Capable de repousser de sa personne [n’importe quel mal] et d’attirer vers sa personne [n’importe quel bien], Capable de le protéger [de tout objet de crainte] et de le gratifier [de toutes ses aspirations].
Souviens-toi donc que si tu évoques Dieu Très-Haut [durant ta prière], Il t’évoquera également [dans une Assemblée de loin Plus Auguste]. Et que si tu ne L’oublies jamais, Lui aussi ne t’ « oubliera » jamais. Si tu te montres reconnaissant envers Ses Bienfaits, Il accroîtra ces Bienfaits en ta faveur. Comme Il nous l’apprit dans Son Saint Livre :
« Souvenez-vous de Moi et Je Me souviendrais de vous. Soyez reconnaissants envers Moi [et ne soyez point ingrats envers Moi]. » (Coran 2:152)
« [Ne soyez pas comme] ceux qui ont oublié Dieu au point qu’Il leur fit oublier leurs propres personnes. » (Coran 59:19)
« Si vous vous montrez reconnaissants, J'accroîtrai très certainement Mes Bienfaits sur vous.» (Coran 14:7)
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SEULS LES CŒURS PURS PEUVENT « TOUCHER » LE CORAN
Le Cheikh nous gratifia, un autre jour, de l’enseignement suivant : « A chaque fois que vous vous apprêterez à lire le Coran, « implorez d’abord la Protection de [votre] Seigneur contre Satan, le lapidé » (Coran 16:98).
Ceci, avant d’entamer ta lecture (en prononçant la formule « Ahonzu bil Lâhi mina Shaytâni Rajîmi », soit « J’invoque la Protection de Dieu contre Satan, le lapidé. »). Tu pourras après cela débuter ta lecture au Nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux (en prononçant la formule « Bismi Lâhi Rahmâni Rahîmi »).
Car invoquer la Protection de Dieu (Adhbalah) a la vertu d’éloigner et de repousser les germes de mal. Alors que débuter par le Nom de Dieu (Basmallah) attire les bienfaits. C’est ce qui explique pourquoi l’on doit toujours faire précéder l’invocation protectrice (qui purifie) avant la formule liminaire (qui remplit).
[Une fois cela fait, sachez que le profit que vous pouvez tirer de la lecture du Coran dépend de la pureté de votre cœur et de votre foi]. Car, du moment où le Seigneur nous enseigne que « seuls ceux qui se sont purifiés peuvent toucher [le Coran] » (56:79), il conviendra de rappeler qu’il existe deux sortes de puretés : la pureté rituelle extérieure et la pureté morale intérieure.
Un tel principe signifie ainsi que seuls ceux qui se seront purifiés des souillures MATÉRIELLES pourront toucher le Coran avec leurs MAINS. Mais il nous suggère également que seuls ceux qui auront réussi à se purifier des vices de leur âme [et des souillures IMMATÉRIELLES] pourront toucher le Coran avec leur CŒUR.
La Paix soit sur vous. »